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Lille : Jean Pattou et la fresque du métro Lille-Europe

La gigantesque fresque qui orne les murs de la station de métro Lille-Europe a eu 25 ans en 2025 et les couleurs étaient un peu passées. Les originaux avaient été perdus, mais, miraculeusement, les scans sont réapparu au bon moment. Elle a donc pu faire l’objet d’une restauration complète, inaugurée au moment où Lille accueillait le départ du Tour de France. A cette occasion, j’ai rencontré l’architecte Martine Pattou, veuve de Jean Pattou, décédé en 2023.

Quelques mots à propos de Jean Pattou

« Jean est né en 1940 dans le Nord, à Jeumont et, s’il a ensuite passé sa jeunesse à Paris, il était toujours resté très attaché à cette région. Nous nous sommes connus au moment de nos études d’architecture à Paris au début des années 1960 et nous avons créé ensemble l’agence d’architecture Pattou. Dans les années 1980, Jean a arrêté l’architecture  pour se consacrer à l’aquarelle. Il exposait partout dans le monde.

Genèse du projet

En 1995, nous avons obtenu la maîtrise d’œuvre de la station Lille-Europe du nouveau métro lillois. Nous avons eu de premiers heurts avec l’architecte néerlandais Rem Koolhaas qui était, à l’époque, urbaniste en chef du projet d’aménagement global. Et, grâce à l’appui du maire de Lille, Pierre Mauroy, nous avons obtenu que soit créé un accès direct à la station depuis le  quartier Saint Maurice Pellevoisin.

Par ailleurs, pour chacune des stations du nouveau métro la Communauté Urbaine De Lille (l’actuelle Métropole Européenne de Lille) imposait de confier la « décoration » à un artiste. En tant qu’architecte de la station, j’ai donc proposé que ce soit Jean qui s’en charge.

Piranese, le maître

La descente vers le métro se fait par un immense puits de 18 mètres de haut, avec des passerelles, des escaliers et des escaliers mécaniques. A l’époque, quand on l’empruntait, on avait l’impression de descendre dans les abysses, dans un gouffre. Pour les usagers du métro, c’était souvent vécu comme une épreuve.

Rem Koolhaas et Jean partageaient la même admiration pour Piranèse.

Piranesi – Carceri d’invenzione-1749 – Source: Wikimedia

Et tous deux considéraient que cet espace était véritablement « piranésien ». Mais ils n’en tiraient pas les mêmes conclusions. Rem Koolhaas voulait à tout prix conserver ce qu’il considérait comme l’esprit de ce lieu : l’austérité du béton brut, ce côté chaotique, angoissant. Jean tirait de Piranèse sa science de la perspective et du détail. Il a proposé un projet artistique qu’il a appelé « Piranèse 2000 », associant des références de l’architecture mondiale à des structures piranésiennes. Rem Koolhaas s’y est violemment opposé, avec cette formule : « La vie est un chaos, on ne va pas commencer à y mettre des couleurs ! »

Là encore, c’est Pierre Mauroy qui a tranché.

La mise en œuvre du projet

Il faut d’abord avoir en tête que c’était vraiment un projet hors normes : une fresque d’une surface totale de 2700 m², en trois parois gigantesques (50 m. de large pour 18 de haut) !

La réalisation des bâches

La conception a duré un an. Jean s’est inspiré des villes où nous avons voyagé, et où il a fait des expositions. Il a d’abord réalisé des esquisses (environ 90 aquarelles) ; puis les originaux : plusieurs centaines de panneaux à l’échelle de la fresque, qui ont ensuite été scannés et raboutés pour faire des bâches très longues. Comme les panneaux étaient à l’échelle, il n’y a pas eu de perte de qualité au moment du scannage. A l’époque, c’était très innovant, et il n’y avait qu’une entreprise de Seine-Saint-Denis qui savait faire ça.

La pose

A l’époque, c’était la plus grande œuvre sur bâche au monde (et elle reste une des plus grande). Imagine donc le chantier ! Des structures métalliques ont été installées pour fixer les bâches et, pour les déployer, Jean a imaginé un système de cordages inspiré de la navigation à voile.

Jean Pattou devant sa fresque – Archives Martine Pattou

Le monde est à vous !

La fresque, c’est le monde qui vous enveloppe ! Au milieu des structures piranésiennes, avec ses passerelles vertigineuses, ses escaliers suspendus, ses perspectives infinies, Jean a essayé d’y faire rentrer le plus de références possibles, dans un joyeux mélange, une immense tour de Babel ! A chacun ensuite de les retrouver.

Jean tenait beaucoup également à ce que sa fresque se reflète dans le bassin.

Bien entendu, un hommage à Lille et à la culture du Nord, de manière générale.

Et quelques détails piquants :

L’hommage à la fanfare de l’école d’architecture de Lille.

Et chacun peut jouer à « Où est Charlie », en cherchant, par exemple, Rem Koolhaas chassé du lieu par Jean.

Il fallait travailler les perspectives d’une manière très particulière, de manière à ce que, quand on descend ou on monte les escaliers ou escalators, on n’ait pas de vue plongeante, mais que chaque image soit toujours à la bonne hauteur. Et ça, je ne sais pas comment il faisait.

Cette fresque a vraiment changé le quotidien des usagers du métro. Et j’ai été très émue lorsque, le jour de l’inauguration (en 2000), le gardien du métro m’a dit : « Cette fresque m’a changé la vie. Avant, j’étais dans un trou, maintenant le monde est à moi. »

Un petit quiz :

C’est à vous maintenant, chers lecteurs, d’identifier toutes les références architecturales qui apparaissent. Envoyez votre liste à l’adresse de mon blog : francoisregisstreetart@gmail.com

Pour en voir plus :

Autres articles de mon blog sur Lille : Wazemmes, la BIAM, barre Marcel Bertrand.

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