Iksté

Iksté

J’ai rencontré Iksté alors qu’il était en train de peindre une grande fresque à La Madeleine, le long de la Deûle.

Iksté – La Madeleine, Oct. 2022

Puis il m’a donné rendez-vous dans une friterie dont il a dessiné le visuel.

Iksté – Lambersart, ave. Henri Delecaux

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Iksté AKA York. Né en 1976 à Comines.

Dès que j’ai pu de tenir un crayon, j’ai dessiné. Après le collège, je suis parti au lycée artistique Saint-Luc, à Tournai, où j’ai été interne pendant 4 ans. J’étais en section « Arts graphiques ». Puis, à partir de 1997, 2 ans d’armée et la vie active. 20 ans de jobs alimentaires. J’en avais marre du salariat et de me faire exploiter. Je voulais vivre de mon art. Je me suis alors installé, d’abord comme tatoueur. Je faisais ça chez moi, mais ce n’était pas assez rentable. J’ai donc fait la bascule comme artiste peintre. Et ça fait maintenant 3 ans que j’en vis vraiment. Ça marche plutôt bien, beaucoup de gens viennent me chercher, surtout depuis 8 mois…

Pourquoi le street art ?

C’est venu naturellement, quand je suis arrivé à Saint Luc. Les travaux restreints, sur feuille, j’ai vite trouvé ça limité. J’ai eu le désir de travailler en plus grand, faire des grands gestes, pour acquérir « un style ». Le graffiti s’est imposé lui-même : il y avait les murs, le format… Et on était plusieurs dans cette mouvance : j’y ai côtoyé Scien et Klor, qui ont fondé en 1992, le 123 Klan, mondialement connu (installés depuis 2007 à Montréal)… https://baronmag.com/2016/04/klor-et-scien-123klan/

J’ai commencé à dessiner mes premiers graffitis en 90-92. Mon 1er graff date des années 94-96.

J’ai l’impression, quand je vois tes œuvres, de voir un artiste à deux faces : d’un côté, les visages (qui pleurent souvent), de l’autre, la nature.

Les visages

J’aime faire des portraits : on peut voir tellement de choses dans un regard ! Je fais mon œuvre et ensuite, chacun y voit ce qu’il veut.

Iksté – Lille, Citadelle, Mars 2019
Iksté – Lille, Citadelle, Mars 2019
Iksté – Lille, Fives, Juil. 2019

Le regard avec les larmes, c’est quelque chose qui a jalonné ma vie. Je représente dans les regards, la tristesse, la souffrance. La mienne, d’une part, et celle que je vois autour de moi, et qui est de plus en plus exacerbée. Pleurer, ça fait partie de l’humain, ça fait partie de moi et de ma vie.

Iksté – Lille, Citadelle, Juin 2019
Iksté – Lille, Citadelle, Nov. 2020

Ces visages, c’est la partie de mon travail que je fais « en vandale ». Je fais « du vandale » la nuit : je reste entre 2 et 5h sur le spot. Je pense être un des seuls dans la région à faire du réalisme en vandale : en général, les artistes qui interviennent en vandale restent 5 minutes, pour ne pas se faire choper. Moi, je reste entre 2 et 5h sur place pour faire mes portraits.

Iksté – Lomme, Mars 2020
Iksté – Lambersart, salle Marcelle Honvault, Avr. 2022

La Nature

La Nature, c’est notre mère à tous ! Et j’ai toujours aimé m’en inspirer. J’adore représenter la beauté animale. Mais moi, je ne fais rien, c’est la nature qui fait ! J’essaie juste de la sublimer par une belle fresque.

Iksté – Marquette, Sep. 2020 – Réalisé dans le cadre de Can’Art, organisé par le Collectif Renart.
Iksté – La Madeleine, Oct. 2022
Iksté – La Madeleine, Oct. 2022
Iksté – La Madeleine, Oct. 2022
Iksté – La Madeleine, Oct. 2022
Iksté – La Madeleine, Oct. 2022
Iksté – Lambersart, Juin 2022

Comment choisis-tu tes sujets ?

Je ne représente jamais des stars, des gens connus. Me servir de la notoriété de quelqu’un pour vendre des œuvres ne fait pas partie de ma démarche artistique.

La plupart du temps, je représente des inconnus, des SDF que je croise dans la rue. Je trouve qu’ils ont bien plus de mérite, d’intérêt à figurer sur une œuvre d’art.

Iksté – Lambersart, Oct. 2022

Quelle est ta technique ?

Je dessine un projet que je photographie avec mon portable et c’est ce qui me sert ensuite de guide quand je suis devant le mur. Sinon, j’utilise toutes les techniques pour réaliser mes œuvres, je n’ai pas de limites, je vois la vie en dessin : tout ce que je vois, la moindre chose, je me demande comment la dessiner, comment faire pour la représenter comme un objet réel. Mon style de peinture a évolué. Il est plus, maintenant, dans le réalisme que dans le graffiti. Je n’ai pas de prétention particulière. J’essaie juste d’égayer ma vie, de mettre un peu de couleurs dans la ville. Et je trace ma route.

Comment choisis-tu tes supports ?

Quand il s’agit d’œuvres « mobiles », je choisis toutes sortes de matériaux de récupération qui me tombent sous la main. Pour les murs sur lesquels je travaille en vandale, j’évite de me créer des emmerdes avec les propriétaires. Je choisis donc des murs presque en friche. Plus ils sont délabrés, plus ils ont du cachet pour moi. Le mur abîmé, qui a des fractures… est bien plus intéressant à travailler. Sauf s’il est très sale, parce que ça ne tient pas.

Artistes de référence ?

Dans le domaine du street art, pour moi, le plus important, c’est Mode 2, un des pionniers du street art en Europe, un immense artiste. https://www.telerama.fr/scenes/mode2-un-pionnier-du-graffiti-expose-a-paris,108702.php

https://www.mode2.org/

Dans la génération actuelle, il y en a plein : Odeith, Scaf, et plein d’autres encore. Mais ce sont plus des gens dont j’aime le travail que des sources d’inspiration.

Le travail « en vandale »

En fait, c’est ce que j’aime par-dessus tout. C’est de l’adrénaline à chaque seconde. Surveiller la voiture qui s’arrête, un passant qui regarde bizarre ; cacher la lumière, parce que mon téléphone me sert, d’une part, à éclairer le mur et d’autre part, à suivre le modèle sur l’écran. Les sens sont tout le temps en éveil et donc, artistiquement, on s’exprime en réfléchissant moins, de manière beaucoup plus spontanée et ça me ressemble beaucoup plus.

Iksté – Lomme, friche Mossley, Mars 2020
Iksté – Lomme, Mars 2020

Pour en savoir plus:

Voir mon article sur le regard et les yeux: https://francoisregisstreetart.fr/plein-les-yeux/

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